CV_français.pdf

CV_english

Démarche
Depuis le début des années 80, mes recherches photographiques se sont développées autour de deux axes principaux. D'abord une voie documentaire où je me suis intéressé à la mémoire et à l'histoire des lieux, aux territoires, aux paysages vastes et intimes. De ces recherches sont advenues des images qui ont tentées de donner une parole aux choses muettes, à ce qui tendait à disparaitre. Retenons ici les séries Dieppe (2004) et Lieux Mêmes (2009) réalisées en France et la série Après Strand (2010) réalisée en Gaspésie.

Puis, il a l'autre approche, plus intime, caractérisée par une pratique quotidienne, une disponibilité du regard aux irrégularités du visible et une attention aux signes rétifs. Dans ce volet de mon travail, je me suis intéressé aux connotations flottantes et poétiques, au fait que mes images sont l’incarnation d’un monde intérieur. J'y ai exploré librement le réel à la recherche de ses résonances autobiographiques. On retiendra ici les séries Carnet d’absences (1983-84), Signes de Jour (1996-2001) et Le Capteur (2006-2018).

Dans les deux cas, mes travaux témoignent de mon attachement profond à l'image fixe et au pouvoir de transformation de la photographie, à sa capacité à cristalliser l’instant. Que ce soit sur les murs, dans les pages des livres ou dans l'espace publique, mon travail se déploie encore et toujours en séries, explorant la narration qui naît et se développe par les accointances entre les images.

Avec le cinéma, j’entretiens des rapports à multiples niveaux. D’abord celui de l’observateur. Comme photographe de tournages (Témoin de l'ombre), je regarde le cinéma en train de se faire dans l’ombre des plateaux. Puis, en questionnant l’héritage photographique du cinéma, j’utilise la caméra cinématographique pour en détourner l’usage, explorer le temps de prise de vue et les rapports entre fixité et mouvement (Les Images~Temps). Finalement, j’aborde le cinéma lui-même comme expérience documentaire, avec son pouvoir de pénétrer l’instant avec ses séquences et ses couches sonores. Le cinéma est devenu une extension de mon expérience photographique.

Je poursuis le chemin d’une longue tradition qui utilise les moyens descriptifs de la photographie et son approche de l’instantané pour intégrer l’intuition dans le processus créatif et trouver des images dans le réel. Grâce à un travail de sélection et de construction de récits, les processus narratifs que je déploie leur assignent des sens nouveaux afin que ces images deviennent des objets visuels doués de leur force particulière. Ainsi, l’imprévisible enrichi le contenu de mon travail tout autant qu’il dynamise mon processus. Trouver des lieux, des objets, des gens, des situations et leur prêter un sens, les laisser transcender ce qu’elles décrivent pour devenir des objets visuels autonomes et leur permettre de devenir des fictions à partir du réel, voilà le travail que je poursuis. Plus qu’un moyen d’expression, la photographie est devenue pour moi un lieu de résistance à la prolifération des images, une position pour interroger le monde, à travers l’image.

Artistic approach
Since the early 80’s, my photographic work has evolved around two main axes. First, there is a documentary approach with interest in memory, history of specific sites, territories and landscapes, be them vast or intimate. From this realm of my work come pictures that try to give voice to silent and mute things, to what is destined to disappear. Emblematic of this approach are the series Dieppe (2004) and Lieux Mêmes (2009) both produced in France and Après Strand (2010) produced in Gaspésie.

Then, there is a second, more intimate, approach that deals with a constant everyday practice. In this specter of my work, I explore reality for its fictional potential and autobiographical echoes. My work focuses on producing images that highlight the irregularities and poetical ambiguities, the restive signs in the visible world. I try to make these photographs a true reflection of an interior world.

In both cases, my work bares witness to my profound attachment to the still image, to the power of transformation that photography holds and to its capacity at crystalizing time. Be it on the wall, in a book or in the public space, my work is constructed of series that explore narration and the acquaintances between images.

I have mixed relationships with film and cinema. At first, I am an observer. I was an on-set stills photographer for many years, looking in the shadows of sound stages and films in the making (Témoin de L’ombre). Then I’ve used the cinema camera to photograph, exploring the representation of time, motion and stillness in photography (Les Images~Temps). Finally, I came to cinema by directing a few short documentary films, with the experience of sequences of moving images and sound. Film and video have become an extension of my photography work.

My work follows a long tradition that uses the descriptive means of photography and its instantaneous approach to time to find images in the real world and integrate intuition in my creative process. With a rigorous approach to the editing process, my work often reveals itself in long narrative sequences. Many times, this process tens of attribute new meaning to photographs when they meet. This unpredictable process enriches my work. Finding objects, places, people and situations and giving them new meanings, letting them transcend what they describe, there lies the soul of my work. More than a means of expression, photography has become a tool to question the world, a means of resistance towards the proliferation of images.